Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 1.djvu/276

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qui sont mariés déjà vivront tous, excepté un ; les autres resteront comme ils sont. Au couvent, allez !

Sort Hamlet (14).

OPHÉLIA

— Oh ! que voilà un noble esprit bouleversé ! — L’œil du courtisan, la langue du savant, l’épée du soldat ! — l’espérance, la rose de ce bel empire, — le miroir du bon ton, le moule de l’élégance, — l’observé de tous les observateurs ! perdu, tout à fait perdu ! — Et moi, de toutes les femmes la plus accablée et la plus misérable, — moi qui ai sucé le miel de ses vœux mélodieux, — voir maintenant cette noble et souveraine raison — faussée et criarde comme une cloche fêlée ! — voir la forme et la beauté incomparables de cette jeunesse en fleur — flétries par la démence ! Oh ! malheur à moi ! — avoir vu ce que j’ai vu, et voir ce que je vois !


Rentrent le Roi et Polonius.



LE ROI

— L’amour ! non, son affection n’est pas de ce côté-là ; — non, ce qu’il disait, quoique manquant un peu de suite, — n’était pas de la folie. Il y a dans son âme quelque chose — que couve sa mélancolie ; — et j’ai peur de voir éclore et sortir de l’œuf — quelque catastrophe. Pour l’empêcher, — voici, par une prompte détermination, — ce que j’ai résolu : Hamlet partira sans délai pour l’Angleterre, — pour réclamer le tribut qu’on néglige d’acquitter. — Peut-être les mers, des pays différents, — avec leurs spectacles variés, chasseront-ils — de son cœur cet objet tenace — dont son cerveau est sans cesse frappé, et qui le met ainsi — hors de lui-même… Qu’en pensez-vous ?


POLONIUS

— Ce sera bien vu ; mais je crois pourtant — que l’o-