Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/20

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gères si le repas était défectueux ! Il était une fois un lutin qui demeurait dans une ferme des environs d’Edimbourg. Le fermier, étant devenu veuf, épousa en seconde noces une paysanne qui était d’une parcimonie rare. Dès son entrée en ménage, la nouvelle mariée résolut d’opérer des réformes qui lui parurent indispensables, et, pour commencer, elle crut pouvoir modifier la pitance du lutin. Le soir de ses noces, le moment étant venu de préparer le souper de ce « petit glouton », la paysanne ramassa sous la table une queue de hareng et un morceau de pain bis dont le chien n’avait pas voulu, et mit ces deux restes sur une assiette, à la place où d’habitude était déposé le morceau de pain blanc et la jatte de lait. Cela fait, elle monta triomphalement dans la chambre nuptiale.

Cependant, la nuit était déjà avancée, les deux mariés étaient au lit, et l’époux, ayant consciencieusement rempli ses devoirs, commençait à ronfler d’une façon édifiante, quand l’épouse, qui ne dormait pas encore, entendit un sifflement partir de la salle d’en bas. À ce sifflement un second sifflement répondit, puis un troisième, puis un quatrième, puis vingt, puis trente, puis cent. Tous ces sifflements, partis de différents points, semblaient venir des maisons voisines et se répondre les uns aux autres. Il se fit un silence de quelques minutes. Après quoi, la paysanne, toujours au guet, entend une rumeur dans l’escalier. Effrayée, elle appelle son mari, le secoue, le pince. Impossible de le réveiller ! Que faire ? La jeune femme se jette à bas du lit pour verrouiller la porte. Mais au moment où elle touche la serrure, elle se sent saisie aux cheveux, aux bras, aux jambes, par mille petites mains qui l’étreignent avec une force irrésistible. La malheureuse est ainsi traînée jusqu’au bas de l’escalier, où elle reste toute meurtrie,