Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/311

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(14) C’était jadis une opinion universelle qu’on pouvait apercevoir distinctement dans la lune un homme suivi d’un chien et portant un fagot sur ses épaules. Les savants d’alors ne mettaient pas cette opinion en doute ; ils se divisaient seulement sur la question de savoir qui était cet homme. Selon certains théologiens, l’être qu’on voyait dans la lune n’était autre que le bon Isaac, portant sur son dos le fagot qui devait servir à son propre sacrifice. Mais cette version était aisément réfutée par des clercs plus orthodoxes, qui prouvaient, le livre saint à la main, qu’Abraham et Isaac reposent dans le sein du Seigneur, comme des justes qu’ils sont. Ceux-ci prétendaient que le personnage dont il s’agit était le pécheur dont il est parlé dans le livre des Nombres (chap, xv, v. 32), et qui fut surpris ramassant du bois le jour du Sabbat, malgré l’ordonnance divine qui enjoint de se reposer le septième jour. Cette croyance paraît être devenue populaire en Angleterre, car on la retrouve mentionnée dans un vieux poëme du quatorzième siècle, attribué à Chaucer et intitulé le Testament de Cressida :


Next after him came lady Cynthia,
The laste of al, and swiftest in her sphere,
Of colour blake buskid with hornis twa,
And in the night she listith best t’appere,
Hawe as the lead of colour nothing clere,
For al the light she borowed at her brother
Titan, for of herselfe she hath non other.
Her gite was gray and ful of spottis blake
And on her brest a chorle painted ful even,
Bering a bush of thornis on his bake,
Which for his theft might clime no ner the heven.



Après lui venait dame Cynthia,
La dernière de toutes et la plus prompte en sa sphère,
Chaussée de noir et portant deux cornes.
C’est dans la nuit qu’elle aime le mieux paraître,
Terne comme le plomb aux couleurs sombres,
Car elle emprunte toute sa clarté à son frère
Titan, n’en ayant pas d’autre par elle-même.
Son teint était gris et plein de taches noires,
Et sur sa poitrine était peint en pied,
Portant un fagot d’épines sur son dos,
Le paysan qui, pour son larcin, ne montera pas au ciel.


D’après une autre légende plus terrible, l’être que les générations passées voyaient dans l’astre nocturne n’était autre que Caïn, chassé