Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/344

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vision céleste que dégoût et que ruine ? et qu’il n’en reste rien qu’un triste thème, dont le cœur le plus léger fera la morale ? ou bien n’est-ce qu’un doux assoupissement qui a gagné ses sens et que le souffle du matin rose chassera dans les ténèbres ? Yanthe doit-elle se réveiller et remettre en joie ce sein fidèle dont l’esprit guette dans l’insomnie pour saisir la lumière, la vie et l’extase au vol de son sourire ?

Oui, elle se réveillera, quelque immobiles que soient ses membres transparents, quelque muettes que soient ses lèvres douces, qui, naguère respirant l’éloquence, auraient pu calmer la rage du tigre ou fondre le cœur glacé d’un conquérant. Ses yeux humides sont clos, et de ses paupières, dont le fin tissu cache à peine deux prunelles d’un bleu sombre, l’enfant Sommeil a fait son oreiller. Ses tresses d’or font ombre à la splendeur sans tache de son sein, ondulant comme les cirrhes d’une plante parasite autour d’une colonne de marbre.

Écoutez ! quel est ce bruit soudain ? Il est comme le murmure prodigieux qui vibre autour d’une ruine solitaire et que l’écho de la plage fait entendre le soir à l’enthousiaste errant ! il est plus doux qu’un soupir du vent d’ouest ! il est plus fantasque que les notes sans mesure de cette lyre étrange dont les cordes sont touchées par les génies des brises !

Ces lignes d’un lumineux arc-en-ciel sont comme des rayons de lune tombant à travers les vitraux de quelque cathédrale, mais les nuances en sont telles qu’elles ne peuvent trouver de comparaison sur la terre. Regardez ! c’est le chariot de la Reine des Fées ! Les coursiers célestes piétinent l’air résistant. À sa voix, ils déploient leurs ailerons nacrés et s’arrêtent, obéissant aux brides de lumière. La Reine des Enchantements les fait entrer ; — elle répand un charme tout autour de l’alcôve, et, se