Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/183

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ANTOINE.

Hélas, notre lune terrestre — est maintenant éclipsée ; et cela seul suffirait pour annoncer — la chute d’Antoine !


CLÉOPÂTRE.

Attendons qu’il ait achevé.


ANTOINE, à Cléopâtre.

— Pour flatter César, vous échangez des regards — avec un drôle qui lui attache ses aiguillettes !


CLÉOPÂTRE.

Ne pas me connaître encore !


ANTOINE.

— Êtes-vous donc de glace pour moi ?


CLÉOPÂTRE.

Ah ! cher, si je suis ainsi, — que de mon cœur glacé le ciel engendre une grêle — empoisonnée à sa source ; et que le premier grêlon — tombe dans ma gorge pour se dissoudre — avec ma vie ! que le second frappe Césarion ! — Que successivement tous les fruits de mes entrailles, — et mes braves Égyptiens, — soient lapidés par cet ouragan en fusion ! — Et que tous restent gisants sans tombes jusqu’à ce que les mouches et les insectes du Nil les ensevelissent en les dévorant !


ANTOINE.

Je suis satisfait. — César s’établit sous Alexandrie ; c’est là — que je veux combattre sa destinée. Nos forces de terre — ont noblement tenu ; notre flotte dispersée — s’est ralliée et vogue dans sa menace navale. — Qu’étais-tu donc devenu, mon courage ?… Écoutez, madame, si je reviens encore une fois du champ de bataille, — pour baiser ces lèvres, je veux apparaître couvert de sang. — Moi et mon épée, nous allons gagner notre chronique ; — il y a de l’espoir encore !


CLÉOPÂTRE.

Voilà enfin mon vaillant seigneur !