Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/336

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le savoir mort — que de savoir vivant l’infâme qui l’a tué.


JULIETTE.

— Quel infâme, madame ?


LADY CAPULET.

Eh bien ! cet infâme, Roméo !


JULIETTE.

— Entre un infâme et lui il y a bien des milles de distance. — Que Dieu lui pardonne ! Moi, je lui pardonne de tout mon cœur ; — et pourtant nul homme ne navre mon cœur autant que lui.


LADY CAPULET.

— Parce qu’il vit, le traître !


JULIETTE.

— Oui, madame, et trop loin de mes bras. — Que ne suis-je seule chargée de venger mon cousin !


LADY CAPULET.

— Nous obtiendrons vengeance, sois-en sûre. — Ainsi ne pleure plus. Je ferai prévenir quelqu’un à Mantoue, — où vit maintenant ce vagabond banni : — on lui donnera une potion insolite — qui l’enverra vite tenir compagnie à Tybalt, — et alors j’espère que tu seras satisfaite.


JULIETTE.

— Je ne serai vraiment satisfaite — que quand je verrai Roméo… supplicié, — torturé est mon pauvre cœur, depuis qu’un tel parent m’est enlevé. — Madame, trouvez seulement un homme — pour porter le poison ; moi, je le préparerai, — et si bien qu’après l’avoir pris, Roméo — dormira vite en paix. Oh ! quelle horrible souffrance pour mon cœur — de l’entendre nommer, sans pouvoir aller jusqu’à lui, — pour assouvir l’amour que je portais à mon cousin — sur le corps de son meurtrier !