Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/432

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tion de n’aimer jamais aucun. Tu es jeune, riche des biens de fortune, et plus recommandé en beauté que gentilhomme de cette cité ; tu es bien instruit aux lettres, tu es fils unique de ta maison. Quel crève-cœur à ton pauvre vieillard de père et à tes autres parents de te voir ainsi précipité en cet abîme de vices et en l’âge où tu leur dussent donner quelque espérance de ta vertu ! Commence donc désormais à reconnaître l’erreur en laquelle tu as vécu jusqu’ici. Ôte ce voile amoureux qui te bande les yeux et qui t’empêche de suivre le droit sentier par lequel tes ancêtres ont cheminé, ou bien, si tu te sens si sujet à ton vouloir, range ton cœur en autre lieu, et élis quelque maîtresse qui le mérite, et ne sème désormais tes peines en si mauvaise terre que tu n’en reçoives aucun fruit. La saison s’approche qu’il se fera assemblée des dames par la cité, où tu en pourras regarder quelqu’une de si bon œil qu’elle te fera oublier tes passions précédentes.

Ce jeune enfant, ayant ententivement écouté toutes les raisons persuasives de son ami, commença quelque peu à modérer cette ardeur et reconnaître que toutes les exhortations qu’il lui avait faites ne tendaient qu’à bonne fin, et dès lors délibéra les mettre en exécution, et de se retrouver indifféremment par toutes les assemblées et festins de la ville, sans avoir aucune des dames non plus affectée que d’autres. Et continua en cette façon de faire deux ou trois mois, pensant par ce moyen éteindre les étincelles de ses anciennes flammes.

Advint donc quelques jours environ la fête de Noël que l’on commença à faire festins, où les masques, selon la coutume, avaient lieu. Et parce que Antoine Capellet était chef de sa famille, et des plus apparents seigneurs de la cité, il fit un festin, et, pour le mieux solenniser, il convia toute la noblesse, tant des hommes que des femmes,