Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/487

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manifesté en sa saison eût été cause d’un très-grand bien. Pierre, pour ce qu’il avait obéi à son maître, fut laissé en sa première liberté. L’apothicaire pris, géhenné et convaincu fut pendu. Le bon vieillard de frère Laurens, tant pour le regard des anciens services qu’il avait faits à la république de Vérone que pour la bonne vie de laquelle il avait toujours été recommandé, fut laissé en paix, sans aucune note d’infamie. Toutefois il se confina de lui-même, en un petit hermitage, à deux milles près de Vérone, où il vécut encore depuis cinq ou six ans en continuelles prières et oraisons jusques à ce qu’il fût appelé de ce monde à l’autre. Et pour la compassion d’une si étrange infortune, les Montesches et les Capellets rendirent tant de larmes qu’avec leurs pleurs ils évacuèrent leurs colères, de sorte que dès lors ils furent réconciliés, et ceux qui n’avaient pu être modérés par aucune prudence ou conseil humain furent enfin vaincus et réduits par pitié.

Et pour immortaliser la mémoire d’une si parfaite et accomplie amitié, le seigneur de Vérone ordonna que les deux corps de ces pauvres passionnés demeureraient enclos au tombeau auquel ils avaient fini leur vie, qui fut érigé sur une haute colonne de marbre et honoré d’une infinité d’excellentes épitaphes, et est encore pour le jourd’hui en essence : de sorte qu’entre toutes les rares excellences qui se retrouvent en la cité de Vérone, il ne se voit rien de plus célèbre que le monument de Rhoméo et de Juliette.


FIN DE L’APPENDICE.