Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/399

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le pauvre a gémi, César a pleuré : — l’ambition devrait être de plus rude étoffe. — Pourtant Brutus dit qu’il était ambitieux ; et Brutus est un homme honorable. — Vous avez tous vu qu’aux Lupercales — je lui ai trois fois présenté une couronne royale, — qu’il a refusée trois fois : était-ce là de l’ambition ? — Pourtant Brutus dit qu’il était ambitieux ; — et assurément c’est un homme honorable. — Je ne parle pas pour contester ce qu’a déclaré Brutus, — mais je suis ici pour dire ce que je sais. — Vous l’avez tous aimé naguère, et non sans motif ; — quel motif vous empêche donc de le pleurer ? — Ô jugement, tu as fui chez les bêtes brutes, — et les hommes ont perdu leur raison !… Excusez-moi : — mon cœur est dans le cercueil, là, avec César, — et je dois m’interrompre jusqu’à ce qu’il me soit revenu.


PREMIER CITOYEN.

— Il me semble qu’il y a beaucoup de raison dans ce qu’il dit.


DEUXIÈME CITOYEN.

— Si tu considères bien la chose, — César a été traité fort injustement.


TROISIÈME CITOYEN.

N’est-ce pas, mes maîtres ? — Je crains qu’il n’en vienne un pire à sa place.


QUATRIÈME CITOYEN.

— Avez-vous remarqué ses paroles ? il n’a pas voulu prendre la couronne : — donc, il est certain qu’il n’était pas ambitieux !


PREMIER CITOYEN.

— Si cela est prouvé, quelques-uns le paieront cher.


DEUXIÈME CITOYEN, désignant Antoine.

— Pauvre âme ! ses yeux sont rouges comme du feu à force de pleurer.


TROISIÈME CITOYEN.

— Il n’y a pas dans Rome un homme plus noble qu’Antoine.