Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/418

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haï de celui qu’il aime, bravé par son frère, — repris comme un esclave, toutes ces fautes observées, — enregistrées, apprises et retenues par cœur — pour lui être jetées à la face ! Oh ! je pourrais pleurer — de mes yeux toute mon âme !… Voici mon poignard, et voici ma poitrine nue, et dedans un cœur — plus précieux que les mines de Plutus, plus riche que l’or ! Si — tu es un Romain, prends-le ; — moi, qui t’ai refusé de l’or, je te donne mon cœur. — Frappe, comme tu frappas César ; car, je le sais, — au moment même où tu le haïssais le plus, tu l’aimais mieux — que tu n’as jamais aimé Cassius.


BRUTUS.

Rengainez votre poignard. — Emportez-vous tant que vous voudrez, vous avez liberté entière ; — faites ce que vous voudrez, le déshonneur même ne sera qu’une plaisanterie. — Ô Cassius, vous avez pour camarade un agneau : — la colère est en lui comme le feu dans le caillou, — qui, sous un effort violent, jette une étincelle hâtive, — et se refroidit aussitôt.


CASSIUS.

Cassius n’a-t-il vécu — que pour amuser et faire rire son Brutus, — chaque fois qu’un ennui ou une mauvaise humeur le tourmente !


BRUTUS.

— Quand j’ai dit cela, j’étais de mauvaise humeur moi-même.


CASSIUS.

— Vous le confessez. Donnez-moi votre main.


BRUTUS.

— Et mon cœur aussi.


CASSIUS.

Ô Brutus !


BRUTUS.

Que voulez-vous dire ?