Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/424

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car elles ne nous ont fourni contribution qu’avec peine : — l’ennemi, en s’avançant au milieu d’elles, — se grossira d’auxiliaires, et arrivera rafraîchi, recruté et encouragé : — avantages que nous lui retranchons, — si nous allons lui faire face à Philippes, laissant ces peuples en arrière.


CASSIUS.

Écoutez-moi, mon bon frère…


BRUTUS.

— Pardon !… Vous devez noter, en outre, — que nous avons tiré de nos amis tout le secours possible, — que nos légions sont au complet, que notre cause est mûre. — L’ennemi se renforce de jour en jour ; — nous, parvenus au comble, nous sommes près de décliner. — Il y a dans les affaires humaines une marée montante ; — qu’on la saisisse au passage, elle mène à la fortune ; — qu’on la manque, tout le voyage de la vie — s’épuise dans les bas-fonds et dans les détresses. — Telle est la pleine mer sur laquelle nous flottons en ce moment ; — et il nous faut suivre le courant tandis qu’il nous sert, — ou ruiner notre expédition !


CASSIUS.

Eh bien, puisque vous le voulez, en avant ! — Nous marcherons ensemble et nous les rencontrerons à Philippes.


BRUTUS.

— L’ombre de la nuit a grandi sur notre entretien, — et la nature doit obéir à la nécessité : — faisons-lui donc l’aumône d’un léger repos. — Il ne reste plus rien à dire ?


CASSIUS.

Plus rien. Bonne nuit. — Demain de bonne heure nous nous lèverons, et en route !


BRUTUS.

Lucius, ma robe de chambre !

Lucius sort.

Adieu, bon Messala ; — bonne nuit, Titinius… Noble, noble Cassius, — bonne nuit et bon repos !