Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/288

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m’interdit la place d’un frère, et autant qu’il est en lui, mine ma gentilhommerie par mon éducation. Voilà ce qui m’afflige, Adam. Mais l’âme de mon père, que je crois sentir en moi, commence à se mutiner contre cette servitude : je ne veux pas l’endurer plus longtemps, quoique je ne connaisse pas encore de remède sensé pour m’en délivrer.


Entre Olivier.

ADAM.

Voilà, mon maître, votre frère, qui vient.


ORLANDO.

Tiens-toi à l’écart, Adam, et tu entendras comme il va me secouer.


OLIVIER, à Orlando.

Eh bien, monsieur, que faites-vous ici ?


ORLANDO.

Rien. On ne m’a pas appris à faire quelque chose.


OLIVIER.

Que dégradez-vous alors, monsieur ?


ORLANDO.

Ma foi, monsieur, je vous aide à dégrader par la fainéantise ce que Dieu a fait, votre pauvre et indigne frère.


OLIVIER.

Ma foi, monsieur, occupez-vous mieux et allez au diable.


ORLANDO.

Suis-je fait pour garder vos porcs et manger des glands avec eux ? Quel patrimoine d’enfant prodigue ai-je dépensé pour être réduit à une telle détresse ?


OLIVIER.

Savez-vous où vous êtes, monsieur ?


ORLANDO.

Oh ! oui, monsieur, ici, très-bien ; dans votre verger.