Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/379

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OLIVIER.

Et il avait bien raison ; — car je sais, moi, combien il était dénaturé.


ROSALINDE.

— Mais Orlando ! est-ce qu’il l’a laissé là — à la merci de cette lionne affamée et épuisée ?


OLIVIER.

— Deux fois il a tourné le dos, comme pour se retirer. — Mais la générosité, toujours plus noble que la rancune, — et la nature, plus forte que ses justes griefs, — l’ont décidé : il a livré bataille à la lionne — qui bientôt est tombée devant lui : au vacarme, — je me suis éveillé de mon terrible sommeil.


CÉLIA.

— Vous êtes donc son frère !


ROSALINDE.

C’est donc vous qu’il a sauvé !


CÈLIA.

— C’est donc vous qui si souvent avez conspiré sa mort !


OLIVIER.

— C’était moi, mais ce n’est plus moi. Je ne rougis pas — de vous dire ce que j’étais, depuis que ma conversion — me rend si heureux d’être ce que je suis.


ROSALINDE.

— Mais ce mouchoir sanglant !


OLIVIER.

Tout à l’heure. — Quand tous deux à l’envi — nous eûmes mouillé de larmes de tendresse nos premiers épanchements, — quand j’eus dit comment j’étais venu dans ce désert, — vite il m’a conduit au bon duc — qui m’a donné des vêtements frais, une collation, — et m’a confié à la sollicitude fraternelle. — Mon frère m’a conduit immédiatement dans sa grotte — où il s’est déshabillé, et c’est alors que, sur son bras, — nous avons vu une