Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/81

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LUCETTE.

— Un plaidoyer pour l’amour mérite d’autres honoraires que la haine.


JULIA.

— Voulez-vous vous en aller ?


LUCETTE.

Oui, pour vous laisser réfléchir.

Elle sort.

JULIA.

— N’importe ! j’aurais voulu jeter un coup d’œil sur cette lettre. — Ce serait une honte de la rappeler — et de la prier à une faute pour laquelle je viens de la gronder. — Sotte qu’elle est, sachant que je suis fille, — de ne pas m’avoir mis la lettre de force sous les yeux ! — À certaines offres les filles, par modestie, disent un non — qu’elles voudraient qu’on prît pour un oui. — Fi ! fi ! Quel capricieux que ce fol amour — qui, comme un marmot têtu, égratigne sa nourrice — et aussitôt baise la verge, humblement ! — Comme j’ai chassé brutalement Lucette, — quand je l’aurais si volontiers gardée ici ! — Quelle moue furieuse je m’étudiais à faire, — quand la joie intérieure forçait mon cœur à sourire ! — Pour pénitence, je vais appeler Lucette — et lui demander la rémission de ma sottise passée. — Holà ! Lucette !


Lucette revient.

LUCETTE.

Que désire Votre Grâce ?


JULIA.

— Est-il bientôt l’heure de dîner ?


LUCETTE, se baissant comme pour ramasser quelque chose.

Je le voudrais — pour que vous pussiez assouvir vos fureurs sur votre repas, — et non sur votre servante !