Page:Shakespeare - Un songe de nuit d’été, trad. Spaak, 1919.djvu/43

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PUCK
Oui, je me souviens. Or, au moment même.

OBÉRON

Oui, je me souviens. Or, au moment même.
Entre la mer sombre et la lune blême,
Je vis — toi, tu ne pus le voir ! —
Cupidon, armé de son arc d’ivoire.
Qui, choisissant pour but la plus belle vestale
Des trônes d’Occident,
Décocha vers son cœur une flèche fatale !…
Mais la flèche manqua la cible… Et cependant
Que le trait s’éteignait dans les rayons de lune,
La prêtresse, évitant la blessure banale.
Passa, pure d’amour, dans sa paix virginale !…
Or, j’avais aperçu l’endroit que, par fortune.
Avait atteint la flèche… Une fleur déchirée
S’y trouvait, autrefois blanche comme le lait,
Maintenant empourprée
Par son sang qui coulait…
Les fillettes, depuis ce jour,
La nomment : “Chimère d’amour”.
Tu la connais ; je t’ai souvent montré ses feuilles.
Je désire que tu m’en cueilles ;
Car son suc, égoutté sur les deux yeux fermés
D’une femme ou d’un homme a l’étrange pouvoir
De répandre en leur cœur un amour enflammé
Pour le premier être animé
Que le réveil leur a fait voir !
Va-t-en donc me chercher cette fleur purpurine !
Vole ! Et reviens en moins de temps
Qu’il n’en faut à Léviathan
Pour nager une lieue marine !