Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/117

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peut paraître trop coûteuse, soit pour ses mérites, soit pour son étendue. Tout en reconnaissant combien ce procédé est contraire à la diffusion des lumières, on l’a néanmoins adopté en cette circonstance afin d’interdire au vulgaire l’abus d’un genre de raisonnement qui peut être mal interprété à raison de sa nouveauté.

EUSÉBÈS ET THÉOSOPHUS

EUSÉBÈS. — O Théosophus, j’ai depuis longtemps observé avec regret l’étrange infatuation qui a aveuglé votre intelligence. Ce n’est pas sans une souffrance aiguë que j’ai vu votre audacieux scepticisme s’enhardir jusqu’à piétiner les plus vénérables institutions de nos ancêtres, et rejeter enfin le salut que le Fils unique engendré par Dieu a daigné offrir en personne à un monde capable incrédule. Voilà donc à quel excès en est arrivée, dans son orgueil, l’intelligence humaine ! A se mesurer avec l’Omniscience ! A sonder les intentions de l’Impénétrable ! Il se peut que vous n’ayez fait que des réflexions superficielles sur ce terrible et important sujet. L'amour du paradoxe, une affectation de singularité, ou l’orgueil de la raison vous ont séduit et égaré dans les sentiers stériles et sombres de l'incroyance. Sûrement vous vous êtes endurci contre la vérité par un esprit de froideur et de raillerie.