Page:Siefert - Rayons perdus.djvu/60

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Qui plaît sans le vouloir & fait mourir sans crime,
Qui répond à chacun par un rire moqueur.
Voilà pourtant celui qui m’a touché le cœur !

Ah ! si Dieu m’eût permis d’avoir part à sa vie,
Je n’avais d’autre but, je n’avais d’autre envie
(Et j’en atteste ici mon invincible amour !)
Que d’épurer sans cesse & d’amener au jour
Tout ce que cet enfant gâté de la nature
Au jour de sa naissance a reçu sans mesure ;
Tout ce qu’en son erreur il écarte aujourd’hui
Et tout ce qu’il étouffe ou fera taire en lui,
Jusqu’à l’heure prévue où son âme lassée
N’aura pour le combat ni force, ni pensée.
Oh ! d’un sommeil mortel le voir là s’endormir
Sans pouvoir rien de plus que prier & gémir !
Mon Dieu ! qu’ai-je donc fait pour qu’il m’ait condamnée
À ce supplice affreux qui grandit chaque année ?

Dans l’exaltation de ma propre douleur,
Peut-être, malgré moi, lui portai-je malheur ?
Peut-être ai-je hâté la crise inévitable
En frappant sur ce cœur qu’il veut invulnérable
Et qui devait pour moi s’ouvrir ou se fermer !