Page:Siefert - Rayons perdus.djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



La verveine étendait ses feuilles odorantes ;
Le jasmin s’étoilait de pétales nacrés ;
Le grenadier courbait ses branches murmurantes
Aux frais boutons pourprés.

À la hâte il cueillait les gerbes enlacées
Et me les apportait d’un air joyeux ; nos doigts
S’effleurèrent ainsi sous les feuilles pressées,
En tremblant bien des fois.

Notre gaîté pourtant résonnait moins rieuse.
Le coup d’œil échangé devenait plus furtif ;
Car la félicité profonde est sérieuse
Et le bonheur craintif.

Nous étions, moi tremblante & lui presque timide.
« — Oh ! me dis-je, s’il m’aime, il le dira ce soir.
« J’ai vu sous ses longs cils luire une perle humide,
« C’est un signe d’espoir ! »

Le jardin dévasté n’avait plus une rose ;
Le soleil avait fui derrière l’horizon ;
Les arbres frémissants racontaient quelque chose
À l’herbe du gazon.