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L’ÉCRIN DISPARU

nécessaire pour aller d’Outrement soit à son bureau de la rue St-Jacques, soit au « Parc des Cyprès. » Dans la nouvelle demeure estivale les cœurs battaient à l’unisson et l’avenir rayonnait d’espoirs, — Le temps, ce grand tombeau de nos chagrins, avait peu à peu cicatrisé la blessure des cœurs.

Le culte de la chère défunte s’était d’abord traduit par un mausolée superbe au grand cimetière de la Côte des Neiges et se perpétuait par la visite hebdomadaire et traditionnelle que la famille y faisait à ses chers défunts.

Les voyages d’agrément, les relations d’amitié avec les familles en villégiature à Pointe-Claire, les discussions politiques suscitées par des élections générales, l’intérêt toujours palpitant que monsieur Giraldi portait aux progrès de l’automobile et du tourisme si en honneur dans la Province de Québec, constituaient autant de dérivatifs à sa mélancolie, et avaient fini par lui faire reprendre goût à la vie. Peu à peu ses regrets firent place à un optimisme réconfortant, que le mariage de sa fille et l’avenir brillant qui semblait sourire à son fils Jean, avaient de plus en plus ensoleillé,

La deuxième année de son séjour au « Parc des Cyprès » il s’était remarié avec une américaine, fille d’un Colonel dont le père avait commandé une armée pendant la guerre de Sécession. Plus jeune d’une quinzaine d’années que monsieur Giraldi, mademoiselle Lédia Walford, avait passé plusieurs étés sur les rives du lac St-Louis. Dès leurs premières relations, ils s’étaient compris et bien vite le Maître avait été subjugué ; celle-ci professa pour le mari dont elle prisait la renommée non moins que la fortune, un attachement réciproque.

Fervente touriste, conduisant à merveille une machine, elle avait cependant retenu les services de son vieux chauffeur qui avait pour elle un culte égal à son dévouement. Le goût de la jeune dame pour l’automobile ne pouvait que plaire à un inventeur de l’envergure de monsieur Giraldi.

La nouvelle maîtresse de maison apporta un soin minutieux à témoigner aux enfants de son mari, tous les égards et les marques d’intérêt qui convenaient à sa nouvelle situation. Le caractère sympathique et expansif de Jean surtout, lui plaisait. — Les progrès rapides de celui-ci dans ses études et son goût prononcé pour le dessin, la peinture et les arts décoratifs en général, incitèrent monsieur Giraldi à engager pour son fils un spécialiste, dont la coïncidence de nom avait attiré son attention.

Il ne lui fallut pas longtemps, pour reconnaître dans le réputé professeur Albert Dupras, l’ancien commis de magasin