Page:Simon - L'écrin disparu, 1927.djvu/156

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— Ah ! reprit-elle avec un effort visible, mon père ?… mais, c’est lui qui a assassiné Jean…

À ce coup inattendu, l’amie ne put dissimuler un tressaillement d’horreur…

— Et vous saviez cela, ajouta madame Walfish, vous le saviez, le jour où…

Mais elle s’arrêta, craignant d’accabler par un reproche trop cruel la triste créature, dont le regard fiévreux implorait sa pitié. Elle ne voulut pas remémorer les terribles heures d’angoisse qui avaient suivi la mort de l’enfant, alors que dans la famille défiante, chacun se sentant suspect, rejetait le soupçon sur les autres.

Parvenue à se dominer, elle conclut : nul ne saurait vous faire un crime de n’avoir pas dénoncé votre père !… Mais dites-moi Lédia, ne pouviez-vous du moins l’éloigner d’ici ?

— Il refusait hélas ! de partir sans moi et je ne pouvais pas le suivre. Il m’eût fallu quitter mon cher mari, et c’est en m’obstinant à lui rester fidèle, que j’ai attiré tous nos malheurs.

L’accent du repentir était si douloureux, que de nouveau l’amie se sentit vaincue :

— Vous auriez évité bien des maux en vous confiant à nous dit-elle doucement… mais votre fuite à cette heure, aggraverait vos torts et ne les rachèterait pas.

Venez répondre à l’appel de votre mari, venez dire la vérité aux juges qui l’ignorent et pourraient frapper des innocents. C’est l’acte de contrition que Dieu vous impose : sachez l’accomplir en chrétienne courageuse.

— Vous avez raison, dit la jeune femme, presque à voix basse, après une minute de recueillement ; j’avouerai tout, puis, je partirai ensuite… si mon mari ne me dit pas de rester.

L’agent blessé, ayant reçu à temps les soins nécessaires, prenait du mieux, tandis que dans sa chambre, Harry reposait sans vie sur un lit de sangle.

— Je veux le revoir, insista Lédia, il faut que je veille près de lui ; elle n’osait pas redire « mon père ».

— Ma pauvre amie, vous n’en auriez pas la force ; venez d’abord vous refaire un peu et prendre quelque repos.

Parizot qui était demeuré près du mort, avait posé un crucifix sur ce cœur que jamais la pitié n’avait émue ; il avait fermé ces yeux fixes, restés durs et menaçants jusque dans la mort.

Une pensée obsédante lui revenait à l’esprit :

L’âme de ce criminel, où était-elle à présent ?…