Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/369

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de la frontière où elles avaient toujours été auparavant campées en grands corps, chacun en général de deux ou trois légions, et il les dispersa par petits corps dans les différentes villes des provinces, d’où on ne les fit jamais sortir que lorsqu’il devint nécessaire de repousser une invasion, Des soldats en petit corps de troupes, mis en quartiers dans des villes de commerce et de manufactures, et qui quittaient rarement leurs quartiers, devinrent eux-mêmes des artisans, des marchands et des ouvriers de manufacture. Le caractère civil finit par l’emporter sur le caractère militaire, et insensiblement les troupes réglées de l’empire romain dégénérèrent en milices corrompues, négligées et sans discipline, incapables de résister aux attaques de ces milices de Scythes et de Germains qui, bientôt après, envahirent l’empire d’Occident. Ce ne fut qu’en prenant à leur solde les milices de quelques-unes de ces nations pour les opposer à celles des autres, que les empereurs purent venir à bout de se défendre quelque temps. La chute de l’empire d’Occident est la troisième des grandes révolutions dans l’histoire du genre humain, dont les annales anciennes nous aient conservé quelque récit positif et circonstancié. Cette révolution fut opérée par la supériorité décidée que les milices d’une nation barbare ont sur celles d’une nation civilisée, que les milices d’un peuple pasteur ont sur celles d’un peuple de laboureurs, d’artisans et de manufacturiers. Les victoires remportées par des milices ne l’ont pas été, en général, sur des troupes réglées, mais sur d’autres milices qui leur étaient inférieures du côté de l’exercice et de la discipline. Telles furent les victoires remportées par les milices des Grecs sur celles de l’empire des Perses, et telles aussi furent celles que, dans des temps plus récents, les milices des Suisses remportèrent sur celles des Autrichiens et des Bourguignons.

La force militaire des nations scythes et germaines qui s’établirent sur les ruines de l’empire d’Occident continua pour quelque temps à être, dans leurs nouveaux établissements, de la même espèce qu’elle avait été dans leur pays originaire. Ce furent des milices de pasteurs et de laboureurs, qui marchaient, en temps de guerre, sous les ordres des mêmes chefs auxquels ils étaient accoutumés à obéir pendant la paix. Elles étaient, par conséquent, assez bien exercées et assez bien disciplinées. Cependant, à mesure qu’avançaient les arts et l’industrie, l’autorité des chefs vint insensiblement à déchoir, et la masse du peuple eut moins de temps à donner aux exercices militaires. Ainsi, l’exercice aussi bien que la discipline des milices féodales vinrent insensiblement