Page:Sophocle, trad. Leconte de Lisle, 1877.djvu/34

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forêt de l’Oita, ne me cache point la vérité. Ceci ne se passe point entre toi et une femme mauvaise qui ignore la nature des hommes qui ne se réjouissent pas toujours des mêmes choses. Certes, qui veut lutter contre Érôs, comme un athlète, n’agit point sagement. Érôs, en effet, commande aux Dieux, quand il lui plaît ; et puisqu’il m’a domptée moi-même, pourquoi ne dompterait-il pas une autre femme semblable à moi ? Je serais insensée d’accuser mon époux, s’il est atteint de ce mal, ou cette femme qui ne m’a rien fait de honteux ni de mauvais. Il n’en est point ainsi ; et, si Hèraklès t’a enseigné à mentir, tu n’as pas reçu une belle leçon ; si tu mens de toi-même, en voulant être bon tu fais le mal. Sois donc véridique ; il est honteux à un homme libre de mentir. Tu n’as aucune raison de me rien cacher, car ils sont nombreux ceux qui me répéteraient ce que tu as dit. Si tu crains, ta crainte n’est pas juste. Je suis plus affligée de ne pas savoir la vérité qu’il ne me serait cruel de la connaître. Héraklès n’est-il pas l’homme qui a épousé le plus grand nombre de femmes ? Aucune d’elles n’a jamais reçu de moi une parole mauvaise ou un outrage. De même pour celle-ci, quand Hèraklès se consumerait pour elle, car j’ai été saisie d’une très-grande compassion en voyant que sa beauté avait désolé sa vie, et que, sans le vouloir, la malheureuse avait causé la ruine et la servitude de sa patrie. Mais que ces choses suivent le vent ! Pour toi, je te le dis, quoi que tu fasses avec tout autre, avec moi il faut que tu dises toujours la vérité.


LE CHŒUR.

Obéis aux bonnes paroles de cette femme ; tu ne te le reprocheras pas plus tard, et tu auras ma gratitude.