Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/347

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tant, que je souhaite de la pratiquer davantage que je n’ai fait. Ayant dit cela, il l’embrassa amiablement, et le laissa prendre telle voie qu’il voulut.

Celui qui lui avoit parlé du vieil du Buisson étoit encore en sa compagnie, et ne le quitta point qu’il ne l’eût mené à la vue du château de cet avaricieux. Francion, se séparant de lui, l’assura qu’il sçauroit bientôt des nouvelles de ce qu’il feroit, et s’y en alla, s’étant mis sur sa bonne mine et ayant pris le plus beau manteau qui fût en son bagage, parce qu’il avoit envie de se dire bien grand seigneur.

Nous verrons là comme il fit la guerre à l’avarice, qui est un péché des plus énormes ; et c’est en cela que nous connoîtrons que cette Histoire comique a beaucoup de chose de satirique, afin de la rendre plus utile : car ce n’est pas assez de dépeindre les vices, si l’on ne tâche aussi de les reprendre vivement.






LIVRE NEUVIÈME



Ce brave chevalier, dont nous suivons les aventures à la trace, arriva enfin à la porte du château de l’avare : il eût envoyé devant quelqu’un de ses gens l’avertir de sa venue, n’eût été qu’il avoit peur qu’il n’esquivât aussitôt et qu’il ne pût parler à lui. Il entra donc jusques en la salle, où le vénérable étoit assis et étudioit, dans un livre de l’agriculture, ce qu’il pouvoit encore pratiquer pour tirer plus de revenus de ses terres. Monsieur, lui dit Francion, l’extrême désir que j’ai eu de vous voir, pour vous témoigner combien je suis affectionné à vous rendre du service, m’a contraint de quitter le chemin que mes affaires m’obligeoient de tenir et m’a fait venir ici hardiment. Je vous supplie de me dire qui vous êtes, repartit le seigneur du Buisson, car je ne vous connois point.