Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/413

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sans sa rencontre qu’il avoit faite, il s’en alloit encore à Rome faire la même quête. Francion lui conta alors en bref toutes ses aventures, qui l’étonnèrent merveilleusement, et, lui ayant assuré qu’il se mouroit du désir d’être à Rome afin de revoir Nays, il résolut de partir aussitôt pour aller à Lyon tâcher d’avoir de l’argent, pour faire son voyage. Pétrone lui dit qu’après l’avoir perdu, ne sçachant que faire de ses chevaux et de son bagage, il avoit tout vendu, excepté le cheval qu’il avoit, et qu’il avoit encore une bonne partie de l’argent. Francion en fut bien aise, et, l’ayant reçu de lui, il lui acheta un petit cheval en ce village, et monta sur l’autre ; et puis ils s’en allèrent laissant tous les villageois fort satisfaits. Ils arrivèrent fort tard à Lyon, si bien que Francion ne fut point vu avec son bel habit. Le lendemain au matin il y eut un tailleur qui le vint vêtir de pied en cap ; et il s’en alla trouver un banquier qui le connoissoit, lequel lui promit de lui prêter tout ce qu’il voudroit, sçachant bien qu’il n’y auroit rien à perdre. Il lui demanda des lettres de change pour recevoir de l’argent à Rome, et lui en donna d’autres pour envoyer à sa mère, afin d’être payé de l’argent qu’il lui prêtoit. Ayant ainsi fait ses affaires, il reprit le chemin d’Italie, sans être suivi d’autre que de Pétrone, à qui il promettoit de grandes récompenses pour sa fidélité. Il avoit si hâte, que, dedans les villes, il ne s’amusoit à aucune singularité. Il ne cherchoit rien que Nays, dont il préféroit la vue à tout ce que l’on estime de plus beau au monde. Il n’eut en chemin aucune aventure digne de récit ; car il n’avoit pas le loisir de regarder ce qui se passoit ni de se gausser avec ceux qu’il rencontroit. C’est assez que l’on sçache qu’enfin il fit tant par ses journées, qu’il arriva à Rome. Il se logea au quartier où les François se logent d’ordinaire, et il n’y avoit pas encore été six jours, que l’on l’avertit que Raymond et Dorini étoient arrivés. Il les alla incontinent saluer, et l’on peut dire que jamais en aucune entrevue d’amis il ne s’est montré tant de joie qu’ils en firent paroître en la leur. Lorsque Francion conta ses aventures de berger et de charlatan, il ravit un chacun d’admiration. Mon Dieu ! ce dit Dorini, que je suis fâché que nous ne sommes plus tôt venus en Italie ! nous eussions, possible, eu nouvelles de votre désastre, et nous ne vous eussions pas laissé en un si mauvais état. Vous vous moquez, dit Raymond ; je serois bien marri