Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/508

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ce n’est pour le prince et même de son aveu ; d’autant que le droit de la monnoie est un droit de souveraineté qui n’appartient point aux sujets. Il cita alors les lois et les coutumes, avec quelques fragmens d’anciens auteurs, pour fortifier son dire. Mais l’on lui dit qu’il ne falloit pas éplucher les bons mots de si près, puisqu’ils n’étoient allégués que pour passer le temps. L’on ne laissa pas néanmoins de trouver que ses remarques étoient fort bonnes et de lui en donner de la louange, pour ne le point mécontenter ; alors il rentra sur l’abus qui se commettoit aux monnoies, et en dit ce qu’il en sçavoit de reste ; tellement qu’Audebert, voyant la passion qui l’animoit, lui dit qu’il croyoit que, s’il étoit jamais roi de Pologne, comme il avoit espéré, il mettroit bien un autre ordre dans son royaume contre ces abus. Ne vous en moquez point, dit-il ; il est vrai que je le ferois, si Dieu me faisoit la grâce de parvenir à cette dignité. J’ordonnerois que ceux qui seroient suffisamment convaincus d’avoir altéré ou falsifié les monnoies seroient plongés dans de l’huile bouillante, comme j’ai ouï dire que l’on faisoit autrefois ; mais j’aurois encore une autre invention qui témoigneroit mon érudition et ma lecture : c’est que je ferois quelquefois verser de l’or fondu dedans la bouche des faux-monnoyeurs ainsi que les Parthes en versèrent dans celle de Marcus Crassus, comme j’ai lu dans l’Histoire ou l’Épitomé de Lucius Florus, et aussi dans mon Dictionnaire historique de l’impression de Lyon et en plusieurs autres lieux ; et puis je dirois : Saoûle-toi de ce que tu as tant aimé ! C’est ainsi que disoit Thomiris, reine des Scythes, à Cyrus, lui faisant avaler du sang humain. Voilà un très-docte supplice, dit Audebert ; il est vrai que Crassus n’étoit point accusé de fausse monnoie ; toutefois il suffit qu’il étoit avaricieux. Mais quelles peines ordonnerez-vous contre ceux qui accusent à faux les innocens, comme notre ami Francion ? Il leur faut ordonner la même peine, dit Hortensius, car ils sont dignes de souffrir le mal qu’ils veulent procurer aux autres. Cela est très-bien pensé, dit Audebert ; plût à Dieu que l’on traitât de la sorte ces faux accusateurs ! Il en eût dit davantage avec cet agréable pédant, n’eût été que cela se tournoit toujours en raillerie et qu’il falloit considérer sérieusement l’affaire qui se présentoit. Dorini arriva quelque temps après pour apprendre des