Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/510

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ce qui fut cause qu’ils n’étoient pas encore entrés plus avant, ce fut leur sottise et leur coyonnerie, car il n’y en avoit pas un qui osât entrer le premier, et c’étoit un plaisir de voir qu’encore qu’en d’autres occasions ils ne se rendissent pas beaucoup d’honneur l’un à l’autre, si est-ce qu’ils vouloient faire alors des cérémonies sur leur âge, sur leurs qualités et sur l’ordre de réception en leur charge. Enfin, voyant que l’on avoit fermé cette porte, ceux qui connoissoient la maison s’avisèrent qu’il y en avoit une autre dans une petite ruelle. Ils s’y coulèrent vitement, et les derniers, poussant ceux qui étoient devant, les y firent entrer malgré qu’ils en eussent. Ils trouvèrent dans la cour les deux laquais de Francion, dont quelques-uns se saisirent aussitôt, et les menèrent au juge. Raymond, ne s’étant point douté de cette surprise, craignoit que l’on ne le voulût arrêter aussi et que l’on ne s’imaginât qu’il se mêlât de faire de la fausse monnoie avec Francion, puisqu’il demeuroit en même logis. Il se retira dans sa chambre avec Audebert et Hortensius, afin d’y être plus fort, et ce pédant ne cessoit de jurer : Vertu de Jupiter ! que n’ai-je la force d’Hercule, pour aller rembarrer cette canaille ! Je leur couperois à tous la tête, en eussent-ils autant que l’hydre ! Il faisoit encore plusieurs exclamations collégiales qui eussent fait rire ceux qui les entendoient, s’ils n’eussent songé à autre chose. Cependant les sbires, étant entrés en la chambre de Francion, que l’hôte avoit été contraint de leur montrer, ils y firent un terrible ravage, renversant tous les meubles et fouillant jusque dans la paillasse du lit. Mais, comme ils ne trouvèrent rien d’importance qui fût caché, il prirent seulement deux malles et une layette, qu’ils voulurent emporter. Raymond s’imagina alors que, puisqu’ils ne se donnoient point le soin de le chercher, ils n’en vouloient pas à lui. Il s’avança donc vers eux, et, comme il ne manquoit de hardiesse, il leur demanda ce qu’ils faisoient. Voyant aussi qu’ils vouloient emporter ses coffres, il y voulut résister, disant qu’ils lui appartenoient et que l’on n’avoit que faire de se soucier de ce qui étoit dedans. Quelques-uns lui dirent que, s’il étoit sage, il ne feroit point de résistance contre les ordonnances de la justice ; mais, nonobstant cela, il ne laissoit pas d’avoir envie de se rebeller, et Audebert et Hortensius vinrent aussi avec des visages furieux. Ces hom-