Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/522

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plices et ayant violenté celui qui assistoit les sbires ; mais, lorsqu’il en étoit là-dessus, l’on heurta fermement à sa porte et l’on lui vint dire que l’on le demandoit de la part d’un juge qui lui étoit supérieur. Cela le faisoit frémir de crainte, car jamais l’on ne le demandoit de la sorte que pour de mauvaises affaires. L’on fit venir celui qui désiroit parler à lui ; il lui dit que le grand juge lui enchargeoit de venir devers lui et de lui amener le gentilhomme françois qu’il avoit dans sa maison. Il fallut obéir aussitôt, et Francion sortit avec une fort belle assistance, car il ne falloit point prier ni contraindre tous ceux qui étoient là pour le suivre. Or c’étoit ici un effet du bon naturel de Dorini, qui, encore qu’il s’imaginât que Francion avoit eu tort de tromper sa cousine, n’avoit pas laissé de solliciter en sa faveur, en souvenance des bonnes heures qu’ils avoient autrefois passées ensemble dedans leurs débauches agréables. Il avoit été voir Lucio, qui étoit le juge supérieur, et lui avoit représenté que ce brave François étoit tombé entre les mains de Caraffe, qui étoit un juge qui dépendoit de lui et qui faisoit quantité de mauvais tours ; que c’étoit une pitié de voir les impertinences dont l’on accusoit Francion, qui n’avoient aucune apparence de vérité, et qu’il falloit nécessairement qu’il y eût de la malice là-dessous. S’il eût sçu la confession de Corsègue, il eût bien mieux fait valoir sa cause ; mais l’on n’avoit pu encore l’en avertir, et ceux qui avoient été en son logis pour lui en parler ne l’avoient pas trouvé. Toutefois, ce qu’il dit suffisoit pour amener Lucio contre Caraffe, à cause qu’il lui déplaisoit déjà pour beaucoup de raisons.

Lorsque toute cette troupe fut devant lui, il dit à Caraffe qu’il lui défendoit de se mêler de l’affaire de Francion, et que c’étoit à lui que la connoissance en étoit réservée. Caraffe repartit qu’il lui céderoit en cela et en toute autre chose, mais qu’il verroit néanmoins qu’il n’avoit rien fait de mal ; que l’on avoit surpris ce Francion lorsqu’il vouloit employer de faux quadruples chez un marchand, et que l’on en avoit trouvé sa pochette pleine ; que, si l’on vouloit visiter ses coffres, qu’il avoit fait enlever, l’on y en trouveroit encore dedans, et que peut-être y trouveroit-on aussi les outils de son métier ; qu’il avoit fait aussi amener ses valets, qui découvriroient l’affaire et qui diroient si leur maître ne les avoit