Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/221

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Entre la simple promenade menaçante et l’émeute, pourrait prendre place la grève générale politique, qui serait susceptible d’un très grand nombre de variétés : elle peut être de courte durée et pacifique, ayant pour but de montrer au gouvernement qu’il fait fausse route et qu’il y a des forces capables de lui résister ; elle peut être aussi le premier acte d’une série d’émeutes sanglantes.

Depuis quelques années, les socialistes parlementaires ont moins confiance dans une rapide conquête des pouvoirs publics et ils reconnaissent que leur autorité dans les chambres n’est pas destinée à s’accroître indéfiniment. Lorsqu’il n’y a pas de circonstances exceptionnelles qui peuvent forcer un gouvernement à acheter leur appui par de grandes concessions, leur puissance parlementaire est assez réduite. Il serait donc fort utile pour eux de pouvoir exercer sur les majorités récalcitrantes une pression du dehors, qui aurait l’air de menacer les conservateurs d’un soulèvement redoutable.

S’il existait des fédérations ouvrières riches, bien centralisées et capables d’imposer à leurs membres une sévère discipline, les députés socialistes ne seraient pas très embarrassés pour imposer parfois leur direction à leurs collègues. Il leur suffirait de profiter d’une occasion favorable à un mouvement de révolte, pour arrêter une

    tactique pour arrêter l’application de la loi sur les congrégations ; il a cru que des manifestations violentes feraient céder le ministère ; celui-ci a tenu bon et on peut dire qu’un des ressorts essentiels du régime parlementaire sest trouvé ainsi faussé, puisque la dictature du parlement connaît moins d’obstacles qu’autrefois.