Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/226

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et obtenir des institutions qui, à son jugement, devaient rendre difficile le retour de l’ancien régime. On doit être frappé de ce que, pendant assez longtemps, le gouvernement a été comme paralysé et que l’anarchie était à son comble dans l’administration, tandis que le jour où Witte a cru nécessaire à ses intérêts personnels d’agir avec vigueur, la répression a été rapide ; ce jour est arrivé (comme l’avaient prévu quelques personnes), lorsque les financiers eurent besoin de faire remonter le crédit de la Russie. Il ne semble pas vraisemblable que les soulèvements antérieurs eussent eu jamais la puissance irrésistible qu’on leur a attribuée ; le Petit Parisien, qui était l’un des journaux français qui avaient affermé l’entretien de la gloire de Witte, disait que la grande grève d’octobre 1905 se termina par suite de la misère des ouvriers ; d’après lui, on l’avait même prolongée d’un jour, dans l’espoir que les Polonais prendraient part au mouvement et obtiendraient des concessions comme en avaient obtenu les Finlandais ; puis il félicitait les Polonais d’avoir été assez sages pour ne pas bouger et ne pas donner un prétexte à une intervention allemande (Petit Parisien, 7 novembre 1905).

Il ne faut donc pas trop se laisser éblouir par certains récits, et Ch. Bonnier avait raison de faire des réserves dans le Socialiste du 18 novembre 1905 au sujet des événements de Russie ; il avait toujours été un irréductible adversaire de la grève générale et il notait qu’il n’y avait pas un seul point commun entre ce qui s’était produit en Russie et ce qu’imaginent « les purs syndicalistes en France. » Là-bas, la grève aurait été seulement, selon lui, le couronnement d’une œuvre très complexe,