Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/64

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des conséquences que leurs auteurs espéraient en voir sortir pour le bonheur de leurs concitoyens. L’attentat individuel a rendu des services assez grands à la démocratie pour que celle-ci ait sacré grands hommes des gens qui, au péril de leur vie, ont essayé de la débarrasser de ses ennemis ; elle l’a fait d’autant plus volontiers que ces grands hommes n’étaient plus là quand arriva l’heure de partager les dépouilles de la victoire ; et l’on sait que les morts obtiennent plus facilement l’admiration que les vivants.

Chaque fois donc qu’il se produit un attentat, les docteurs ès sciences éthico-sociales qui pullulent dans le journalisme se livrent à de hautes considérations pour savoir si l’acte criminel peut être excusé, parfois même justifié, au point de vue d’une très haute justice. Toute la casuistique, tant de fois reprochée aux jésuites, fait alors irruption dans la presse démocratique.

Il ne me paraît pas inutile de signaler ici une note qui a paru dans l’Humanité du 18 février 1905, sur l’assassinat du grand-duc Serge ; l’auteur n’est pas, en effet, un de ces vulgaires blocards dont l’intelligence est à peine supérieure à celle des négritos ; c’est une lumière de l’université française : Lucien Herr est du nombre des hommes qui doivent savoir ce qu’ils entendent dire. Le titre : Les justes représailles, nous avertit que la question va être traitée du point de vue d’une grande morale ; c’est le jugement du monde[1] qui va être prononcé. L’auteur recherche scrupuleusement les respon-

  1. Cette expression n’est pas trop forte, attendu que l’auteur s’est surtout occupé d’études sur Hegel.