Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/66

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sophie de l’histoire[1], aurait dû, semble-t-il, raisonner en examinant la portée lointaine des événements ; tout au contraire, il les considère sous leur aspect le plus immédiat, le plus mesquin et, par suite, le moins historique. D’après lui, le syndicalisme tend nécessairement à l’opportunisme ; comme cette loi ne semble pas se vérifier en France, il ajoute : « Si dans quelques pays latins, il a des allures révolutionnaires, c’est de la pure apparence. Il y crie plus haut, mais c’est toujours pour demander des réformes dans les cadres de la société actuelle. C’est un réformisme à coups de poing, mais c’est toujours du réformisme. »

Ainsi, il y aurait deux réformismes : l’un, patronné par le Musée social, la Direction du travail et Jaurès, qui opère à l’aide d’objurgations à la justice éternelle, de maximes et de demi-mensonges ; l’autre qui opère à coups de poing ; celui-ci serait seul à la portée des gens grossiers qui n’ont pas été encore touchés par la grâce de la haute économie sociale. Les braves gens, les démocrates dévoués à la cause des Droits de l’homme et des devoirs du délateur, les blocards sociologues estiment que la violence disparaîtra lorsque l’éducation populaire sera plus avancée ; ils recommandent donc de multiplier les cours et conférences ; ils espèrent noyer le syndicalisme révolutionnaire dans la salive de messieurs les professeurs. Il est assez singulier qu’un révolutionnaire, tel que Rappoport, tombe d’accord avec les braves gens’' et leurs acolytes sur l’appréciation du sens du syndicalisme ; cela ne peut s’expliquer

  1. Ch. Rappoport, La philosophie de l’histoire comme science de l’évolution.