Page:Soupé - Études sur la littérature sanscrite.djvu/287

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LE THÉÂTRE INDIEN. 279

Moi, né d'honnêtes parents, issu d'une caste supérieure, dans la passion qui me transportail, je vous ai offert un nom honorable et une âme fidèle ; et voilà ma récompense ! Je suis dédaigné; votre pensée est tout entière à un antre. En vain l'arbre vigoureux de notre florissante jeunesse est couvert d'excellents fruits: les femmes, comme des oiseaux avides, sont là pour les dévorer. Richesse, bravoure, toutes nos qualités sont ruinées par la vio- lence souveraine d'un indomptable amour. Ah! que l'homme est fou de se confier à la femme ou à la fortune ! Toutes deux sont aussi perfides et aussi traîtresses que le serpent. La femme s'est toujours fait un jeu de fouler à ses pieds le cœur ardent et dévoué qui l'adore. Jeunes gens, si vous êtes prudents, gardez-vous d'aimer jamais et profitez des conseils que vous donnent les sages. Ils vous disent que la femme n'est pas digne de foi, qu'elle peut, pleurer ou rire à volonté, qu'elle nous dérobe nos secrets et qu'elle ne nous révèle pas les siens. Que le jeune homme loyal redoute les charmes des coquettes ; ce sont de sombres fleurs qui ne poussent que sur des tombes. Les vagues de l'océan sont moins inconstantes, les teintes du soir sont moins incertaines que leur tendresse. La richesse, tel est leur but. Dès qu'on est ruiné, elles vous rejettent loin d'elles comme un sac vide. L'amour d'une femme s'éteint plus rapidement que la lueur d'un éclair. Elle peut feindre de vous chérir et songer à un autre; en vous pressant entre ses bras, elle peut soupirer pour un de vos rivaux. Pourquoi vouloir aller contre la nature? Le lotus ne fleurit pas sur la cime des monts; la mule ne porte pas les mêmes fardeaux que le cheval; le grain d'orge ne produit pas le riz, et dans l'âme d'une femme on ne saurail trouver la vertu.

��Voilà chez un voleur des sentences toutes philosophiques et une expérience bien amère de la vie humaine et du cœur féminin. Son erreur s'explique enfin, et il se décide à restiluer les bijoux à la courtisane, qui, toujours libérale et souvent désintéressée, lui abandonne en mariage Madanikâ, en même temps qu'elle vient de refuser les présents splendides du beau-frère du roi, quoique sa mère, personne accommodante par caractère, lui conseillât de les accepter au plus tôt. D'un autre côté, Mêtréya se présente chez elle de la part de son ami; il y est reçu par un bandhoula, intendant subalterne,

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