Page:Spencer - La Science sociale.djvu/156

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« Nous trouvons souvent des inscriptions comme la suivante : « Item, payé pour l’Esprit le tarif de Dieu, — ijs. » Ces registres nous apprennent que Dieu portait un habit de cuir peint et doré et une perruque également dorée[1].

« La conception même de la Vierge sert de sujet à des discours licencieux. Nous possédons dans la collection de Coventry un mystère, ou pièce, représentant le soi-disant Jugement de la Vierge. On voit d’abord paraître le somnour, qui lit une longue liste de péchés énumérés dans son livre ; viennent ensuite deux « détracteurs, » qui répètent certaines histoires scandaleuses touchant Joseph et Marie, sur quoi ils sont appelés à comparaître devant la cour ecclésiastique. Ils passent effectivement en jugement et nous avons une esquisse grossière de la procédure usitée en pareil cas, etc.[2]. »

Les vieux missels enluminés nous révèlent de leur côté une manière de concevoir la doctrine chrétienne, qu’on a de la peine à se représenter dans une société civilisée ou même semi-civilisée. Voyez, par exemple, les idées que suppose chez les contemporains une certaine peinture extrêmement soignée, représentant le Christ. De la blessure qu il porte au côté s’échappe un torrent d’hosties, qu’un prêtre reçoit sur un plateau. Voici un autre livre de dévotion de date plus récente — un psautier imprimé, orné d’une profusion de gravures sur bois représentant des scènes de la vie de Jésus. À chaque page, nous voyons tirer du sacrifice du Christ une utilité toute matérielle. Ici, ce sont des ceps de vigne sortant de ses blessures et portant des grappes de raisins dont se régalent des évêques et des abbesses. Là, la croix est fixée sur un énorme tonneau dans lequel le sang du Christ tombe à torrents, pour ressortir en jets et arroser des groupes de prêtres. Plus loin, le corps du crucifié est représenté dans une position horizontale ; de ses pieds et de ses mains blessés, coulent des fontaines de sang ; des prêtres et des nonnes recueillent ce sang dans des seaux et des cruches. Il y a plus fort encore. Qu’on essaie de se représenter l’état mental impliqué par une cer-

  1. Wright, Essays on archælogy, vol. II, pp. 175-6.
  2. Idem, ibidem, vol. II, p.184.