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afin qu’il ne restât bientôt plus une seule place où l’on ne pût s’asseoir.

Heidi était de retour à l’alpe. Elle allait et venait d’un endroit à l’autre, ne sachant qu’admirer le plus de tout ce qu’elle retrouvait. Tantôt elle prêtait l’oreille au bruit lointain du vent qui accourait des sommets ; il devenait de plus en plus fort en se rapprochant et se précipitait enfin sur les sapins dont il agitait et tordait les branches avec des éclats de joie sauvage. Heidi, transportée, mêlait à ces accents ses cris d’allégresse, et se laissait secouer par le vent, au risque d’être emportée comme une feuille. Tantôt elle courait s’asseoir devant le chalet à l’endroit où le soleil était le plus chaud, pour chercher dans le gazon combien de petits calices étaient prêts à s’ouvrir ou s’étaient déjà épanouis. Puis il y avait des myriades de moucherons qui dansaient et tournoyaient, ivres de joie, aux rayons du soleil. Heidi était à l’unisson de la gaîté qui l’entourait ; elle aspirait à longs traits l’haleine printanière s’élevant de la terre nouvellement vivifiée, et il lui semblait que jamais encore l’alpe n’avait été aussi belle ; les mille petits insectes