Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/249

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air indifférent que l’on a pour une nouvelle déjà ancienne, qu’Octave était de nouveau assez mal, et que sa blessure au bras s’était rouverte et donnait des inquiétudes. Depuis le départ d’Armance, Octave, qui était devenu difficile en bonheur, s’ennuyait souvent au salon. Il commit des imprudences à la chasse qui eurent des suites graves. Il avait eu l’idée de tirer de la main gauche un petit fusil fort léger ; il obtint des succès qui l’encouragèrent.

Un jour, en poursuivant un perdreau blessé, il sauta un fossé et se heurta le bras contre un arbre, ce qui lui redonna la fièvre. Durant cette fièvre et l’état de malaise qui la suivit, le bonheur artificiel, pour ainsi dire, dont il avait joui sous les yeux d’Armance, sembla ne plus avoir que la consistance d’un rêve.

Mademoiselle de Zohiloff revint enfin à Paris, et dès le lendemain, au château d’Andilly, les amants se revirent ; mais ils étaient fort tristes, et cette tristesse était de la pire espèce ; elle venait de doutes réciproques. Armance ne savait quel ton prendre avec son cousin ; et ils ne se parlèrent presque pas le premier jour.

Pendant que madame de Bonnivet se donnait le plaisir de bâtir des tours gothiques en Poitou et de croire reconstruire le douzième siècle, madame d’Aumale avait fait une démarche décisive pour le grand succès qui venait enfin de couronner la vieille ambition de M. de Bonnivet. Elle était l’héroïne d’Andilly. Pour ne pas se séparer d’une amie si utile, pendant l’absence de la marquise, madame de Bonnivet avait obtenu de la comtesse d’Aumale qu’elle occuperait un petit appartement dans les combles du château, tout près de la chambre d’Octave. Et madame d’Aumale paraissait à tout le monde se souvenir beaucoup que c’était en quelque sorte pour elle qu’Octave avait reçu la blessure qui lui donnait la fièvre. Il était de bien mauvais goût de rappeler le souvenir de cette