Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/77

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exercice lui plut jusqu’à la passion ; et on peut supposer que la fatigue et l’action du soleil de l’Italie n’ont pas peu contribué à développer les germes de la maladie qui l’a conduit au tombeau.

L’état de sa santé le porta à demander un congé pour aller consulter à Genève M. le docteur Prévost ; puis il prit la route de Paris, et y arriva le 8 novembre 1841. Je m’aperçus douloureusement des traces que la maladie avait laissées, et j’eus bien de la peine à lui cacher la triste impression que j’en éprouvais. Le physique et le moral me parurent singulièrement affaissés ; sa parole si vive était maintenant traînante, embarrassée ; le caractère s’était sensiblement modifié, ramolli, pour ainsi dire ; sa conversation plus lente offrait moins d’aspérités, de sujets à contradiction ; il comprenait mieux les petits devoirs qu’entraînent les relations de société, et s’en acquittait plus exactement ; tout en lui avait un caractère plus communicatif, plus affectueux ; enfin, les changements accomplis tournaient au profit de la sociabilité.

Peut-être aussi le pressentiment de sa fin prochaine exerçait-il quelque secrète influence. À quoi bon des discussions irritantes lorsque l’avenir nous semble si limité ? C’est ainsi que souvent, sans faiblesse de caractère, sans aucune déviation dans les opinions, on ne prend pas la peine de les défendre. Les petits intérêts de la vie semblent au-dessous d’une controverse, pouvant blesser des sentiments auxquels on attache du prix.

Beyle reprit à Paris ses anciennes habitudes, observant plus ou moins exactement le régime qui lui était prescrit. Tout allait assez bien, lorsque, contrairement à la défense formelle de son médecin, il s’occupa de compositions littéraires ; huit jours de dictées et de corrections déterminèrent une attaque d’apoplexie ; il en fut frappé, le mardi 22 mars 1842, à sept heures du soir, à deux pas du boulevard, sur le trottoir de la rue Neuve-des-Capucines, à la porte même du ministère des affaires étrangères.

Par suite d’indices dus au hasard, vingt minutes après l’événement j’étais auprès de mon malheureux ami ; je le trouvai sans connaissance dans une boutique, vis-à-vis le lieu