Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/56

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qu’il est évident que la pauvre femme meurt d’ennui ou d’amour, et son mari, qui n’est pas gaucher, fait passer cet ennui aux yeux du pape, notre oncle, pour de la haute piété. Je m’attends que cette piété la conduira à entreprendre un pèlerinage en Espagne. »

La Campobasso était bien éloignée de regretter son espagnol, qui, pendant deux ans au moins l’avait mortellement ennuyée. Si elle l’eût regretté, elle l’eût envoyé chercher, car c’était un de ces caractères naturels et passionnés, comme il n’est pas rare d’en rencontrer à Rome. D’une dévotion exaltée, quoique à peine âgée de vingt-trois ans et dans toute la fleur de la beauté, il lui arrivait de se jeter aux genoux de son oncle en le suppliant de lui donner la bénédiction papale, qui, comme on ne le sait pas assez, à l’exception de deux ou trois péchés atroces, absout tous les autres, même sans confession. Le bon Benoît XIII pleurait de tendresse. « Lève-toi, ma nièce, lui disait-il, tu n’as pas besoin de ma bénédiction, tu vaux mieux que moi aux yeux de Dieu. »

En cela, bien qu’infaillible, il se trompait, ainsi que Rome entière. La Campobasso était éperdument amoureuse, son amant partageait sa passion, et cependant elle était fort malheureuse. Il y avait plusieurs