Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/85

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de sa fille. C’est un homme riche qui depuis vingt ans n’a pas compté avec son intendant, lequel lui prête ses propres revenus à un intérêt fort élevé. Si vous le rencontrez dans la rue, vous le prendrez pour un vieux comédien ; vous ne remarquerez pas que ses mains sont chargées de cinq ou six bagues énormes garnies de diamants fort gros. Ses deux fils se sont faits jésuites, et ensuite sont morts fous. Il les a oubliés ; mais il est fâché que sa fille unique, Vanina, ne veuille pas se marier. Elle a déjà dix-neuf ans, et a refusé les partis les plus brillants. Quelle est sa raison ? la même que celle de Sylla pour abdiquer, son mépris pour les Romains.

Le lendemain du bal, Vanina remarqua que son père, le plus négligent des hommes, et qui de la vie ne s’était donné la peine de prendre une clef, fermait avec beaucoup d’attention la porte d’un petit escalier qui conduisait à un appartement situé au troisième étage du palais. Cet appartement avait des fenêtres sur une terrasse garnie d’orangers. Vanina alla faire quelques visites dans Rome ; au retour, la grande porte du palais étant embarrassée par les préparatifs d’une illumination, la voiture rentra par les cours de derrière. Vanina leva les yeux, et vit avec étonnement qu’une des fenêtres de l’apparte-