Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/55

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de rester pauvre lui-même, qui nous dit que son père n’a pas encore des amis, soit dans la compagnie du duc de Monte-Mariano, soit dans la compagnie Colonna, qui occupe souvent les bois de la Faggiola, à une demi-lieue de chez nous ? En ce cas, nous sommes tous massacrés sans rémission, vous, moi et peut-être aussi votre malheureuse mère.

Ces entretiens du père et du fils, souvent renouvelés, n’étaient cachés qu’en partie à Victoire Carafa, mère d’Hélène, et la mettaient au désespoir. Le résultat des discussions entre Fabio et son père fut qu’il était inconvenant pour leur honneur de souffrir paisiblement la continuation des bruits qui régnaient dans Albano. Puisqu’il n’était pas prudent de faire disparaître ce jeune Branciforte qui, tous les jours, paraissait plus insolent, et de plus, maintenant revêtu d’habits magnifiques, poussait la suffisance jusqu’à adresser la parole dans les lieux publics, soit à Fabio, soit au seigneur de Campireali lui-même, il y avait lieu de prendre l’un des deux partis suivans, ou peut-être même tous les deux : il fallait que la famille entière revint habiter Rome ; il fallait ramener Hélène au couvent de la Visitation de Castro, où elle resterait jusqu’à ce qu’on lui eût trouvé un parti convenable.

Jamais Hélène n’avait avoué son amour à sa mère : la fille et la mère s’aimaient tendrement, elles passaient leur vie ensemble, et pourtant jamais un seul mot sur ce sujet, qui les intéressait presque également toutes les deux, n’avait été prononcé. Pour la première fois le sujet presque