Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/77

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Le petit marchand ajouta :

— Au moins, celle-ci est mariée ! Mais combien de nos dames n’ont pas cette excuse, et reçoivent du dehors bien autre chose que des lettres.

Dans cette première lettre, Jules racontait avec des détails infinis tout ce qui s’était passé dans la journée fatale marquée par la mort de Fabio. « Me haïssez-vous ? » disait-il en terminant.

Hélène répondit par une ligne que, sans haïr personne, elle allait employer tout le reste de sa vie à tâcher d’oublier celui par qui son frère avait péri.

Jules se hâta de répondre ; après quelques invectives contre la destinée, genre d’esprit imité de Platon et alors à la mode :

« Tu veux donc, continuait-il, mettre en oubli la parole de Dieu à nous transmise dans les saintes écritures ? Dieu dit : La femme quittera sa famille et ses parens pour suivre son époux. Oserais-tu prétendre que tu n’es pas ma femme ? Rappelle-toi la nuit de la Saint Pierre. Comme l’aube paraissait déjà derrière le Monte-Cavi, tu te jetas à mes genoux ; je voulus bien t’accorder grace ; tu étais à moi, si je l’eusse voulu ; tu ne pouvais résister à l’amour qu’alors tu avais pour moi. Tout à coup il me sembla que, comme je t’avais dit plusieurs fois que je t’avais fait depuis long-temps le sacrifice de ma vie et de tout ce que je pouvais avoir de plus cher au monde, tu pouvais me répondre, quoique tu ne le fisses jamais, que tous ces sacrifices, ne se marquant par aucun acte extérieur, pouvaient bien n’être qu’imaginaires. Une idée,