Page:Stendhal - La Chartreuse de Parme, II, 1927, éd. Martineau.djvu/169

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une si mortelle inquiétude, que l’on pourrait jeter une petite pierre enveloppée d’un morceau de papier vers la partie supérieure de cet abat-jour ; si le hasard voulait qu’en cet instant le geôlier chargé de la garde de Fabrice ne se trouvât pas dans sa chambre, c’était un moyen de correspondance certain.

Notre prisonnier se hâta de construire une sorte de ruban avec du linge et le soir, un peu après neuf heures, il entendit fort bien de petits coups frappés sur les caisses des orangers qui se trouvaient sous sa fenêtre ; il laissa glisser son ruban qui lui ramena une petite corde fort longue, à l’aide de laquelle il retira d’abord une provision de chocolat, et ensuite, à son inexprimable satisfaction, un rouleau de papier et un crayon. Ce fut en vain qu’il tendit la corde ensuite, il ne reçut plus rien ; apparemment que les sentinelles s’étaient rapprochées des orangers. Mais il était ivre de joie. Il se hâta d’écrire une lettre infinie à Clélia ; à peine fut-elle terminée qu’il l’attacha à sa corde et la descendit. Pendant plus de trois heures il attendit vainement qu’on vînt la prendre, et plusieurs fois la retira pour y faire des changements. Si Clélia ne voit pas ma lettre ce soir, se disait-il, tandis qu’elle est encore émue par ses idées de