Page:Stendhal - La Chartreuse de Parme, II, 1927, éd. Martineau.djvu/92

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heureuse femme et semblaient la distraire un peu. Si le comte n’eût pas été amoureux il eût eu cette idée si simple dès son entrée dans la chambre. La duchesse le renvoya pour qu’il pût sans délai expédier de nouveaux ordres au fidèle Bruno. Comme on s’occupait en passant de la question de savoir s’il y avait eu sentence avant le moment où le prince avait signé le billet adressé à la duchesse, celle-ci saisit avec une sorte d’empressement l’occasion de dire au comte : Je ne vous reprocherai point d’avoir omis les mots injuste procédure dans le billet que vous écrivîtes et qu’il signa, c’était l’instinct de courtisan qui vous prenait à la gorge ; sans vous en douter, vous préfériez l’intérêt de votre maître à celui de votre amie. Vous avez mis vos actions à mes ordres, cher comte, et cela depuis longtemps, mais il n’est pas en votre pouvoir de changer votre nature ; vous avez de grands talents pour être ministre, mais vous avez aussi l’instinct de ce métier. La suppression du mot injuste me perd ; mais loin de moi de vous la reprocher en aucune façon, ce fut la faute de l’instinct et non pas celle de la volonté.

Rappelez-vous, ajouta-t-elle en changeant de ton et de l’air le plus impérieux, que je ne suis point trop affligée de l’enlè-