Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/105

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jamais à vos bals et ne vous engage point aux siens. Si, d’après nos instructions, nous nous prévalons de quelque relation d’affaires, au conseil général pour saluer un noble, il ne nous rend le salut que la première fois, et la seconde il détourne la tête. La jeunesse républicaine nous regarde en face et siffle. Tout cela est évident. Eh bien, le préfet le nie ; il me répond, tout rouge de colère : Parlez pour vous, jamais on ne m’a sifflé. Et il ne se passe pas de semaine où, s’il ose paraître dans la rue, à la nuit tombante, on ne le siffle à deux pas de distance.

— Mais êtes-vous bien sûr de cela, mon cher général ? Le ministre de l’Intérieur m’a fait voir dix lettres de M. Fléron, dans lesquelles il se présente comme à la veille d’être tout à fait réconcilié avec le parti légitimiste. M. G… le préfet de N…, chez lequel j’ai dîné avant-hier, est très passablement avec les gens de cette opinion, et cela je l’ai vu.

— Parbleu, je le crois bien ; c’est un homme adroit, un excellent préfet, ami de tous les voleurs adroits, qui vole lui-même, sans qu’on puisse le prendre, vingt ou trente mille francs par an, et cela le fait respecter dans son département. Mais je puis être suspect dans ce que je vous rapporte de mon préfet ; permettez-vous