Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/107

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il fait répondre qu’on manque de zèle. C’est commode à lui, en cas de changement de dynastie…

— Halte-là, monsieur.

— Pardon, mon général, je m’égare. Ici les jésuites mènent la noblesse comme les servantes ; enfin, tout ce qui n’est pas républicain.

— Quelle est la population de Nancy ? dit le général, qui trouvait le raisonnement trop sincère.

— Dix-huit mille habitants, non compris la garnison.

— Combien avez-vous de républicains ?

— De républicains vraiment avérés, trente-six.

— Donc deux pour mille. Et parmi ceux-là combien de bonnes têtes ?

— Une seule, Gauthier l’arpenteur, rédacteur du journal L’Aurore ; c’est un homme pauvre, qui se glorifie de sa pauvreté.

— Et vous ne pouvez pas dominer trente-cinq blancs-becs et faire coffrer la bonne tête ?

— D’abord, mon général, il est de bon ton, parmi tous les gens nobles, d’être dévot ; mais il est de mode, parmi tout ce qui n’est pas dévot, d’imiter les républicains dans toutes leurs folies. Il y a ce café Montor où se réunissent les jeunes