Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/121

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valeur trois mille francs, lequel n’a jeté par terre M. Fléron que quatre fois, par la grande raison que ledit préfet n’a osé le monter que quatre fois. La dernière chute eut lieu en passant la revue de la garde nationale, composée en partie de vieux troupiers, moi, par exemple, maréchal des logis…

— Marchons, monsieur, reprit Lucien avec humeur ; je l’achète à l’instant.

Le ton décidé de Lucien sur le prix de trois mille francs et sa fermeté à lui couper la parole enlevèrent l’ancien sous-officier.

— Marchons, mon lieutenant », répondit-il avec tout le respect désirable. Et il se mit en marche à l’instant, suivant à pied la rosse dont Lucien n’était pas descendu. Il fallut aller chercher la préfecture dans un coin reculé de la ville, vers le magasin à poudre, à cinq minutes de la partie habitée ; c’était un ancien couvent, fort bien arrangé par un des derniers préfets de l’Empire. Le pavillon habité par le préfet était entouré d’un jardin anglais. Ces messieurs arrivèrent à la porte en fer. Des entresols, où étaient les bureaux, on les renvoya à une autre porte ornée de colonnes et conduisant à un premier étage magnifique où logeait M. Fléron. M. Bouchard sonna ; on fut longtemps sans répondre. À la fin, un valet de chambre fort