Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/141

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avait percé de belles fenêtres au premier étage, mais celles du second étaient encore en croisillons. Cette maison, demi-gothique, avait une grille de fer toute moderne et magnifique sur la rue du Reposoir, qui venait couper à angle droit la rue de la Pompe. Au-dessus de la porte, Lucien lut en lettres d’or sur un marbre noirâtre : Hôtel de Pontlevé.

Ce quartier avait l’air triste, et la rue du Reposoir paraissait une des plus belles, mais des plus solitaires de la ville ; l’herbe y croissait de toutes parts.

« Que de mépris j’aurais pour cette triste maison, se dit Lucien, si elle ne renfermait pas une jeune femme qui s’est moquée de moi et avec raison !

« Mais au diable la provinciale ! Où est la promenade de cette sotte ville ? Cherchons. » En moins de trois quarts d’heure, grâce à la légèreté de son cheval, Lucien eut fait le tour de Nancy, triste bicoque, hérissée de fortifications. Il eut beau chercher, il n’aperçut d’autre promenade qu’une place longue, traversée aux deux bouts par des fossés puants charriant les immondices de la ville ; à l’entour végétaient pauvrement un millier de petits tilleuls rabougris, soigneusement taillés en éventail.

« Peut-on se figurer rien au monde de plus maussade que cette ville ? » se répé-