Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/143

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Pendant cette première promenade de Lucien, à la recherche d’une promenade, la hardiesse un peu affectée avec laquelle il maniait le cheval fort connu et fort dangereux de M. le préfet, hardiesse qui semblait indiquer qu’il l’avait acheté, l’avait rendu fort considérable auprès de bien des gens. « Quel est ce sous-lieutenant, disaient-ils, qui, pour son début dans notre ville, se donne un cheval de mille écus ? »

Parmi les personnes qu’avait le plus frappées l’opulence probable du sous-lieutenant nouveau venu, il est de toute justice de faire remarquer d’abord mademoiselle Sylviane Berchu.

« Maman, maman, s’était-elle écriée en apercevant le cheval du préfet, célèbre dans toute la ville : c’est Lara de M. le préfet ; mais cette fois le cavalier n’a pas peur.

— Il faut que ce soit un jeune homme bien riche », avait dit madame Berchu. Et cette idée avait bientôt absorbé l’attention de la mère et de la fille.

Ce même jour, toute la société noble de Nancy se trouvait à dîner chez M. d’Hocquincourt, jeune homme fort riche, et qui a déjà eu l’honneur d’être présenté au lecteur. On célébrait la fête d’une des princesses exilées. À côté d’une douzaine