Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/147

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— Il faut vivre et laisser vivre, dit M. de Vassignies d’un air politiquement profond ; voilà ce que nos pauvres Bourbons n’entendirent jamais ! Il fallait gorger tous les jeunes plébéiens bavards et effrontés, ce qu’on appelle aujourd’hui avoir du talent. Qui doute que MM. N***, N***, N*** ne se fussent vendus à Charles X, comme ils se vendent à celui-ci ? Et à meilleur marché encore, car ils auraient été moins honnis. La bonne compagnie les eût acceptés et reçus dans ses salons, ce qui est toujours le grand objet d’un bourgeois, dès que le dîner est assuré.

— Grâce à Dieu ! nous voici dans la haute politique, dit madame de Puylaurens.

— Héros de Juillet, ouvrier ébéniste, fils de ventru, tout ce que vous voudrez, reprit madame de Sauve-d’Hocquincourt, il monte à cheval avec grâce. Et celui-là, puisque le père s’est vendu, évitera de parler politique, et sera de meilleure compagnie que le Vassigny que voilà, qui attriste toujours ses amis avec ses regrets et ses prévisions éternelles. Gémir devrait être défendu, du moins après dîner.

— Homme aimable, fabricant de chandelles, ouvrier ébéniste, tout ce qui vous plaira, dit le puritain Ludwig Roller, grand jeune homme aux cheveux noirs et