Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/153

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Pendant que Lucien avait l’honneur de réunir toutes les envies de la bonne compagnie de Nancy, car on apprenait qu’il avait acheté un cheval cent vingt louis, excédé de la laideur de la ville, il remettait tristement son cheval à l’écurie de la préfecture, dont M. Fléron lui avait fait offrir l’usage pour quelques jours.

Le lendemain, le régiment se réunit, et le colonel Malher de Saint-Mégrin fit reconnaître Lucien en qualité de sous-lieutenant. Après la parade, Lucien fut d’inspection à la caserne ; à peine rentré chez lui, les trente-six trompettes vinrent sous ses fenêtres lui donner une aubade agréable. Il se tira fort bien de toutes ces cérémonies plus nécessaires qu’amusantes.

Il fut froid chaîne de puits, mais pas assez complètement ; plusieurs fois, à son insu, le coin de sa lèvre indiqua une nuance d’ironie qui fut remarquée ; par exemple, quand le colonel Malher, en lui donnant l’accolade devant le front du régiment, mania mal son cheval qui, au moment de l’embrassade, s’éloigna un peu de celui de Lucien ; mais Lara obéit admirablement à un léger mouvement de la bride et des aides des jambes et suivit moelleusement le mouvement intempestif du cheval du colonel.

Comme un chef de corps est observé