Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/158

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a une si jolie fille, mademoiselle Sylviane ; c’est chez elle que le colonel de Busant se fournissait. C’est cette belle boutique là-bas, auprès des cafés ; et cherchez un prétexte, en marchandant, pour parler à mademoiselle Sylviane. C’est notre beauté à nous autres bourgeois, ajouta-t-il d’un ton sérieux qui allait bien mal à sa grosse figure. À l’honnêteté près qu’elle possède, et que les autres n’ont pas, elle peut fort bien soutenir la comparaison avec mesdames d’Hocquincourt, de Chasteller, de Puylaurens, etc., etc. »

Le bon M. Bonard était oncle de M. Gauthier[1], chef des républicains du pays, sans quoi il n’eût pas donné dans ces réflexions méchantes ; mais les jeunes rédacteurs de L’Aurore, le journal américain de la Lorraine, venaient souvent chez lui bavarder autour d’un bol de punch, et lui persuader qu’il devait se croire offensé par certaines actions des nobles propriétaires qui lui vendaient leur blé. Quoique se disant et se croyant républicains austères, ces jeunes gens étaient navrés au fond de l’âme de se voir séparés, par un mur d’airain, de ces jeunes femmes nobles, dont la beauté et les grâces charmantes ne pouvaient, à tout jamais, être

  1. M. Gros.